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K(23) 26/09/2018

La vérité ne se rencontre que d'instant en instant, ce n'est pas un phénomène continu, mais l'esprit qui cherche à la découvrir, étant lui-même le produit du temps, ne peut fonctionner que dans le champ du temps ; il est donc incapable de trouver la vérité. Si je veux connaître l'esprit, l'esprit doit se connaître lui-même, car il n'existe pas de « je » indépendant de l'esprit. Il n'y a pas de qualités qui soient indépendantes de l'esprit, de même que les qualités du diamant sont indissociables du diamant lui-même. Pour comprendre l'esprit, vous ne pouvez pas l'interpréter en fonction des idées d'un autre que vous, mais vous devez observer comment fonctionne votre propre esprit dans sa globalité. Lorsque vous en connaissez tout le mécanisme – son mode de raisonnement, ses désirs, ses motivations, ses ambitions, ses centres d'intérêt, son envie, son avidité, sa peur – alors l'esprit peut aller au-delà de lui-même, et c'est lorsqu'il se transcende que l'on découvre quelque chose de totalement nouveau. Cette qualité de nouveauté suscite en l'être une formidable passion, un formidable enthousiasme qui provoque une révolution intérieure profonde: et seule cette révolution intérieure peut transformer le monde – ce qu'aucun système politique ou économique n'est capable de faire.

K(22) 26/09/2018

Pour que se produise cette mutation complète au sein de la conscience, il faut renoncer à toute analyse, à toute recherche, et ne plus être soumis à aucune influence – ce qui est une tâche extrêmement ardue. L'esprit, ayant perçu ce qui est faux, l'écarté complètement, sans pour autant savoir ce qu'est le vrai. Si vous savez d'avance ce qui est vrai, vous ne faites qu'échanger ce que vous estimez faux contre ce que vous croyez vrai. Il n'y a pas renoncement, si l'on sait d'avance ce qu'on va obtenir en échange. Le renoncement n'a lieu que lorsque vous lâchez une chose sans savoir ce qui va se passer. Cet état de « négation » est absolument nécessaire. Je vous en prie, suivez bien cela, car c'est là que vous vous apercevrez que dans cet état de négation on découvre la vérité ; la négation consiste en effet à vider la conscience de tout le connu. La conscience est fondée sur le savoir, l'expérience, l'héritage de l'espèce, la mémoire, ce dont on a fait l'expérience. Les expériences sont toujours de l'ordre du passé, qui agit sur le présent, est modifié par le présent, pour se prolonger ensuite dans le futur. La conscience, c'est tout cela, c'est cet immense entrepôt des siècles passés. Elle n'a d'utilité que pour les aspects mécaniques de la vie. Il serait absurde de renier tout le savoir scientifique accumulé de si longue date. Mais pour susciter cette mutation de la conscience, cette évolution touchant jusqu'à ses structures mêmes, il faut qu'il y ait vacuité totale. Et elle n'est possible que lorsque survient la découverte, la perception réelle de ce qui est faux. Alors vous verrez, si vous êtes arrivés jusqu'à ce point, que cette vacuité même suscite une révolution complète de la conscience – elle s'est enfin réalisée.

K(21) 20/09/2018

Qu'entendons-nous par « apprendre »? Est-ce apprendre que de se borner à acquérir des connaissances, à engranger des informations? C'est une certaine façon d'apprendre, n'est-ce pas? Si vous faites des études techniques, vous étudiez les mathématiques, et ainsi de suite, vous apprenez, vous vous informez sur le sujet. Vous accumulez des connaissances afin de les utiliser à des fins pratiques. Vous apprenez alors par accumulation, par addition. Mais lorsque l'esprit ne fait qu'absorber, additionner, acquérir, est-ce apprendre? Apprendre, n'est-ce pas une tout autre chose? Je dis que ce processus accumulatif que nous désignons actuellement par le terme d'apprendre n'a rien à voir avec ce qu'est apprendre. Ce n'est rien d'autre que cultiver la mémoire, qui devient mécanique ; et l'esprit qui fonctionne mécaniquement, comme une machine, est incapable d'apprendre. Apprendre est tout autre chose, ainsi que je vais essayer de vous le montrer. L'esprit qui apprend ne dit jamais: « je sais », parce que le savoir est toujours fragmentaire, alors qu'apprendre est toujours quelque chose d'intégral. Apprendre ne signifie pas partir d'une certaine somme de connaissances pour en ajouter de nouvelles. Cela n'est qu'un simple processus mécanique ; or, apprendre est quelque chose de très différent. Pour moi, apprendre est quelque chose de tout autre. J'apprends à propos de moi-même d'instant en instant, et ce moi-même est vital, essentiel ; il vit, il bouge, il n'a ni commencement ni fin. Dès que je dis: « Je me connais », c'en est fini d'apprendre, tout s'achève dans le savoir accumulé. Apprendre, ce n'est jamais accumuler ; c'est un mouvement du connaître qui n'a ni commencement ni fin.

K(20) 19/09/2018

J'espère que vous allez écouter, mais pas avec le souvenir de ce que vous savez déjà ; et c'est extrêmement difficile. Vous écoutez quelque chose, et votre esprit réagit instantanément, en gardant l'écho de connaissances, de ses conclusions, de ses opinions, de ses souvenirs passés. Il écoute dans l'espoir de pouvoir explorer l'avenir. Constatez-le par vous-mêmes, voyez comment vous écoutez, et vous constaterez que c'est effectivement ce qui se passe. Ou bien vous écoutez avec vos conclusions préalables, votre savoir, certains souvenirs, ou bien vous voulez une réponse, et vous êtes impatient. Vous voulez des explications sur tout, vous voulez tout savoir de la vie, de son extraordinaire complexité. En fait, vous n'écoutez pas du tout. On ne peut écouter que lorsque l'esprit est tranquille, silencieux, lorsqu'il ne réagit pas de manière immédiate, lorsqu'il y a un intervalle entre ce qui nous est dit et notre réaction à ces propos. Alors dans cet intervalle il y a une tranquillité, un silence, et ce n'est que là que survient une compréhension qui n'est pas de nature intellectuelle. S'il y a un espace entre ce qui est dit et votre propre réaction à ce qui est dit, dans cet intervalle – peu importe que vous le fassiez durer indéfiniment, longtemps, ou juste quelques secondes – si vous observez bien, dans cet intervalle jaillit la clarté totale et lucide. C'est cet intervalle qui constitue le cerveau neuf. Alors que la réaction immédiate, c'est le vieux cerveau, lequel fonctionne dans son propre sens – la voie traditionnelle, admise, réactionnaire, instinctive, animale. Mais dès que tout est en suspens, qu'il y a suspension de la réaction, qu'il y a intervalle vacant, alors vous découvrirez que le cerveau neuf agit, et seul le cerveau neuf, et non celui qui est vieux, a la capacité de comprendre.

K(19) 19/09/2018

L'esprit qui est réellement silencieux est étonnamment actif, vivant et puissant – mais sans aucune visée particulière. Seul cet esprit est littéralement libre – libre de toute influence de l'expérience, du savoir. Un tel esprit est capable de percevoir la vérité, d'avoir la perception directe, qui est audelà du temps. L'esprit ne peut être silencieux que lorsqu'il a saisi le mécanisme du temps, et cela requiert de la vigilance, ne croyez-vous pas? Ne faut-il pas que cet esprit soit non seulement libre par rapport à toute chose, mais libre tout court? Nous ne connaissons de liberté que relative. L'esprit qui est libéré de quelque chose n'est pas un esprit libre ; sa liberté, qui existe en fonction de quelque chose, n'est qu'une réaction ; ce n'est pas la liberté. L'esprit qui est à la recherche de la liberté n'est jamais libre. Mais il est libre dès qu'il comprend le fait, tel qu'il est, sans le traduire, le condamner, ni le juger ; et parce qu'il est libre, cet esprit est innocent, qu'il ait vécu cent jours ou cent ans d'existence ou connu toutes les expériences. S'il est innocent, c'est parce qu'il est libre, non par rapport à quoi que ce soit, mais libre en soi. Seul un tel esprit est en mesure de percevoir le vrai, cette réalité hors du temps.